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Comment le langage modèle le cerveau

February 26, 2016

Si je vous disais que grâce au langage, le cerveau humain peut développer une capacité d’orientation ? Que comme les oiseaux, certaines personnes savent en permanence où se trouvent l’Est, le Sud, l’Ouest et le Nord. Si je vous disais que nos capacités arithmétiques dépendent de notre langue de naissance?

Le débat de l’influence de la langue sur nos capacités cérébrales et sur la manière dont on pense dure depuis des décennies, et on a longtemps cru qu’il était impossible de mener de réelles recherches scientifiques. Jusqu’à récemment ou plusieurs chercheurs se sont intéressés à la question, en particulier Lera Boroditsky à l’université de Stanford.
Je suis tombée sur les travaux de Lera Boroditsky alors que je préparais une intervention au NeuroLeadership Summit – elle y était intervenue dans la session précédente. Dans ses articles et présentations, l’exemple qu’elle cite le plus souvent est celui d’une communauté aborigène d’Australie pour laquelle l’orientation est totalement intégrée dans le langage. Les notions de droite ou de gauche n’existent pas, on communique en fonction desDirection_Watch - wikimedia commons points cardinaux : « le garçon qui est au sud de Marie est mon frère », ou « tu as une bête sur ta jambe nord-est ». L’orientation est aussi au cœur des relations sociales : pour se saluer, on demande « Ou vas-tu ? », ce qui entraine ce type de réponse « Loin vers le sud-sus-ouest. Et toi ? ». Dans cette communauté, une enfant de 5 ans à qui on demande de pointer une direction cardinale le fera la même précision qu’une boussole. Or cette capacité, on la croyait réservée à certains animaux, comme les oiseaux qui auraient un système magnétique dans le bec, ou aux insectes dont les multiples facettes des yeux leur permettraient de s’orienter en fonction de la lumière. Dans le cerveau humain, cette capacité physique n’existerait pas – et pourtant…

L’autre exemple que je mentionnais en introduction touche aux mathématiques. Selon Lera Boroditsky toujours, la tribu Piraha d’Amazonie, qui n’a pas d’autres mots pour les nombres que « un peu » et « beaucoup », ne peut pas surveiller ou contrôler une quantité précise de denrées ou d’objets. Il y a beaucoup d’autres illustrations : selon les langues, le développement de la capacité à reconnaître les couleurs, les odeurs, et même à exprimer certaines émotions peut énormément varier. Etc. Ce que ces chercheurs explorent, c’est la manière dont notre langage modèle notre cerveau, au delà de l’influence de l’éducation, de la culture ou de la société. Ces effets sont généralement ignorés, car à moins de parler plusieurs langues et d’être linguiste, on ne connait ni les limitations ni les avantages de sa propre langue.

Qu’est-ce que cela peut vouloir dire pour nous, dans la vie de tous les jours ? Dans de nombreuses disciplines, on travaille des référentiels : en marketing pour communiquer sur un produit ou une marque, en stratégie et conduite du changement, pour pouvoir Pieter_Bruegel_the_Elder_-_The_Tower_of_Babel_(Vienna)_-_Google_Art_Project_-_editedcommuniquer sur l’organisation, les valeurs et les concepts qu’on veut déployer, faire en sorte qu’ils soient acceptés, retenus et adoptés, et s’encrent dans les esprits. Pas si facile, parce qu’il faut commencer par imaginer un futur différent, puis y coller des mots, parfois inventer des concepts, pour enfin pouvoir communiquer à tous les niveaux – émotionnel, rationnel, conceptuel … C’est peut-être plus facile pour les bilingues, mais pas forcément. Les travaux des linguistes, dont ceux de Lera Boroditsky, peuvent nous apporter de nouveaux angles de réflexion, nous faire prendre du recul sur les méthodes habituelles.

Ce sera le sujet d’un socio–café que j’animerai à l’Institut de Neurocognitivisme (INC) pour les praticiens qui y ont été formés. Le travail de ces praticiens touche à la gestion du stress, ainsi que plus généralement au développement personnel et professionnel des individus ou des équipes. Il s’appuie sur un modèle structuré issu des sciences du comportement et neurosciences modernes. L’une des boites à outils utilisée pour gérer le stress, travailler sur les pensées limitantes ou carrément bloquantes est la Gestion des Modes Mentaux. On pourrait peut-être concevoir de nouveaux exercices en se basant sur ces travaux sur le langage? Qui sait.

Images Wikimedia commons: Direction watch; Pieter Bruegel the Elder, The Tower of Babel (Vienna), Google Art Project

A propos des socio-cafés à l’INC : ce socio-café fait partie d’une série de 5 sessions, dont 4 sont réservées aux praticiens formés à l’INC; la 5ème, début juillet, aura pour thème « La procrastination » et sera ouverte à tous. Programme des socio-cafés sur la plateforme de l’INC ici; socio-café « Les 1001 visages de la procrastination, et moi, et moi et moi » ici.

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